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Objectif Cinéma : Forum > Lynchland > INLAND EMPIRE - Critiques et Commentaires Personnels
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De Roland K.
16.12.2006 15:56
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Bonjour,

Après un premier sujet consacré à la "genèse" d'Inland Empire et un second à la "collecte" des critiques de presse, je pense qu'il est temps d'en créer un nouveau, qui sera dédié aux avis des spectateurs comme vous et moi sur IE. Cela allègera les autres sujets, relativement chargés d'ores et déjà, facilitera la navigation de tout nouvel arrivant, et évitera ainsi à un lecteur occasionnel de voir dévoilés à son insu des éléments du film avant qu'il ne l'ait vu en salle. Les fameux "spoilers" ou "gâcheurs du plaisir de la découverte" ! Gageons que cet espace sera d'ici quelques mois le lieu de débats intenses :o)

Bon week end

Roland K.

De Sebastien
16.12.2006 18:35
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Premières impressions personnelles - sans spoilers !

Après avoir vu INLAND EMPIRE en projection de presse hier, sans en faire une "critique" (ce qui est totalement illusoire après un seul visionnage), voici quelques impressions personnelles après avoir laissé passer la nuit pour absorber le choc :-)

Le premier mot qui me vient à l'esprit est "cauchemar" - IE m'évoque vraiment la sensation de cauchemar éveillé ressentie avec Eraserhead. Sauf que le cauchemar dure ici beaucoup plus longtemps, et il faut l'avouer, même en étant un très grand amateur de Lynch, je pense que pas mal de spectateurs auront du mal à supporter autant de noirceur, de désespoir et de douleur sur la durée. J'ai moi-même ressenti quelques longueurs durant cette descente aux enfers... car on ne respire guère dans ce film (il y a bien peu d'humour ou de "sentiments"), et cela est peut-être dû aussi au fait que le film comporte un grand nombre de scènes extraordinaires (qui me hantent ce matin), à la mise en scène virtuose avec un Lynch au sommet de son talent, mais entourées de passages assez "laids" et quelconques (première fois que je ressens cela dans un film de Lynch).

Cette laideur est bien LE reproche principal que je ferai au film, car personnellement j'ai eu tout de même du mal avec la "basse" définition employée, qui rend les plans larges légèrement flous, avec une profondeur de champ nulle. Je le craignais, je l'anticipais, mais je ne suis très loin d'être convaincu qu'avoir filmé en SD (Standard Definition) donne un "look" onirique comme le film 16mm sur Eraserhead. Je crois au contraire que le film aurait gagné à être filmé en HD, comme l'a fait Michael Mann avec Miami Vice et Collateral (pour les scènes nocturnes), ce qui rend le look quasi-surréaliste et pour le coup extrêmement novateur.

Par contre, les gros plans et les scènes surexposées ont un rendu tout à fait correct et il est vrai, intéressant. Je suis content que Lynch ait cherché à évoluer, mais je ne peux que ressentir un sentiment de gâchis immense quand je repense à la beauté des images de ses longs-métrages précédents, beauté qui n'atténuait en rien l'aspect glauque de ses scènes les plus cauchemardesques...

La musique de Badalamenti m'a énormément manqué (encore une dimension "touchante" qui a disparu), mais sinon il faut avouer qu'au contraire de l'image, le son est une fois de plus ahurissant. Quelle démonstration... quelle expérience sensorielle !!! Je n'en dis pas plus. Vous verrez

J'ai déjà envie de le revoir... c'est plutôt bon signe quand même, non ? :-)

De vento
09.02.2007 16:17
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hello

j'ai pu découvrir avec émotion INLAND EMPIRE au lendemain de sa sortie en Belgique...

un début déjà intriguant...on suppose que tout doit encore se produire...mais est-ce vraiment le cas?

tout se passe presque tranquilement dans un décor hollywoodien...puis c'est une perte vers d'autres mondes qui se produit subitement...un travail de réalisation cinématographique qui se lie au ressentiments,aux angoisses d'un être qui semble perdue dans son existence.
quel rôle veut-elle vraiment jouer?est-ce un rôle dans sa vie?ou dans l'irréel hollywoodien?...

je trouve que ce film est plus que réussi.une personne est venue me dire qu'elle avait entendu à la radio une critique négative disant que Lynch reprenait les mêmes "ingrédients" que ses films précédents de façon grotesque et malhabile...

j'étais très en colère par cette affirmation à la radio... mais bon...
je trouve que, contrairement à ce point de vue pour moi trop atif, que Lynch a fait une très belle variation sur son propre langage cinématographique et la technique DV affirme bien une autre facette de Lynch.j'ai en effet bien accroché à cette technique parcequ'elle démontre le côté glauque de manière efficace...j'avais peur au début de ressentir quelque chose de faible...mais cela passait vraiment bien.

de plus je trouve que la structure du film semble incroyablement inedite,il y a à chaque fois un aspect de continuité ,de "re-création"(c'est assez dur à expliquer) ,on dirait que, plus que d'habitude, plus d'un univers vient se greffer à son monde!!!l'histoire s'emballe comme dans un rêve ou un cauchemar,du coup on s'y perd mais on en est plus que ravis!!!à côté de ça,cela se centralise sur quelqu'un mais on se rend compte qu'il y a bien plus que ça... puis il y a toujours des couloirs glauques,des portes énigmatiques qui mènent vers la perdition,tout ceci est bien sûr très Lynchéen mais renouvelé de telle manière que l'on se dit "bon sang...ça marche à tous les coups!!!"

pour moi c'est un grand film ...ces dernières années il y a eu Lost Highway ou David Lynch effectue un retour à un language plus qu'énigmatique, Mulholland Drive en est une variante à travers une détresse destructrice, puis il y a INLAND EMPIRE glauque à souhait,renouvelé dans son language à travers la technique DV et le basculement imprévisible vers d'autres mondes...

je revisionnerai INLAND EMPIRE avec joie!!!

vento

De Jean
10.02.2007 12:11
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Même en aimant beaucoup le film (ce qui n'est certes pas mon cas, mais il m'a intéressé), on ne peut pas nier que Lynch s'est amusé à réutiliser tous ses "trucs" sur le mode du grotesque et du vulgaire. Autant Mulholand Drive était un mélodrame léché, autant INLAND EMPIRE relève de la grosse farce bien sale. Ceux qui ne voient pas ça fantasment un maximum. Essayons de parler du film réel, pas du fantasme collectif des fans de Lynch.

C'est une farce. Lynch se fout de tout le monde dans ce film : du métier, du spectateur et de lui même, de son style, ou de ce que le spectateur pense être son style. C'est autoparodique à fond. Et le plus fort c'est que tout le monde marche, critiques et fans.

Il y a un autre artiste qui a fait quelque chose du même genre, c'est Magritte. La "période vache" vers 48. Toute une série de tableaux criards, vulgaires, grotesques, sales, en totale rupture avec ce qu'on croyait savoir de son style. Comme Lynch, Magritte réutilise ses fétiches, mais il en fait une accumulation parodique : 5 pipes dans la bouche, une dans l'oeil et une dans la tête. La différence, c'est que les "fans" de l'époque ont crié au scandale. Allez voir ces tableaux si vous ne les connaissez pas.







De starfish
10.02.2007 12:30
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A ce compte là Hitchcock c'est pire pour les fétiches, et les figures de style récurrentes de Kubrick, et Chaplin je n'en parle pas.Ils sont nuls tous ces cinéastes qui hne font que se répéter c'est clair.

De vento
11.02.2007 11:43
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une autoparodie....une farce...

ouais...je préfère voir le film sous l'angle de ma... naïveté de "fan", ça manquera d'exclusivité sur l'interprétation mais voilà... j'ai été sans doute pris au piège de la...hum...farce...quel déconneur ce David Lynch

De Jean
11.02.2007 15:47
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La Farce (avec grand F s'il vous plait) ça veut pas dire une blague ou un canular, c'est un genre à part entière, par définition vulgaire, laid, gênant, cruel, etc.

Si j'entends Lynch ou un critique affirmer que le film est un drame métaphysique ou une grande aventure intérieure ou je ne sais quoi encore, là oui, je prends ça pour une blague. Mais si on le prend comme une Farce sur le cinéma, le film est tout à fait sérieux (enfin, autant qu'une farce peut l'être...).

Je dis pas ça pour me moquer de Lynch ou des fans. J'ai été fan aussi, je sais ce que c'est, mais des traitements existent, je vous assure qu'on peut guerrir.

De vento
12.02.2007 07:46
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ah...

la Farce avec un grand F maintenant...pffff

De Roland K.
12.02.2007 12:35
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Pensées flottantes

Bonjour,

Cela fait bientôt trois semaines que j'ai découvert "Inland Empire". J'ai régulièrement beaucoup de difficultés à exprimer rapidement un avis personnel sur n'importe quel film, il faut souvent que je le laisse travailler en moi, ME travailler. Evidemment, il en va de même pour IE, de manière plus radicale encore.

Un sentiment double m'habite depuis ma découverte du film, un sentiment apparemment contradictoire mais qui s'associe bien à ce film finalement. Le sentiment que nous ne nous trouvons pas face à un chef d'oeuvre mais que, simultanément, IE marque une "révolution" au sens fort du terme. DL redéfinit les contours et les limites du cinéma.

Concernant l'expérience cinématographique, le seul équivalent qui me vienne à l'esprit, est... "Eraserhead". Cela me frappe de constater que ce premier long métrage de DL a somme toute produit assez peu de commentaires et d'analyses de la part des admirateurs de Lynch, par comparaison avec ses films plus récents. Les similitudes entre ces deux oeuvres sont pourtant fortes, les mondes dans lesquels évoluent les personnages sont relativement voisins, seul le "temps" les éloigne l'un de l'autre dans les esprits (mais IE est sans doute bien plus proche de Eraserhead que de Mulholland Drive, par exemple).

Je n'ai vu le film qu'une seule fois pour le moment. IE ne possède que 15 copies, centrées sur les grandes villes pour l'instant (le cinéma d'art et essai dont je m'occupe l'aura 15 jours à partir du 28 février). Je ne me hasarderai donc pas à une "interprétation", je n'en suis simplement qu'au stade de "repérage" des données, nécessaire me semble-t-il avant de foncer tête baissée dans une reconstruction du scénario. Cela ne me mène nulle part pour le moment, mais une idée domine en moi depuis MD, celle que la genèse des films de DL conditionne également leur écriture et leur interprétation : selon moi, la façon dont ses longs métrages prennent vie se retrouve insérée à l'intérieur même du récit (peut-être aurais-je un jour le temps de justifier cela à travers une analyse de MD...) Pour l'instant, cette pensée ne fait que "flotter" dans mon esprit...

Autre donnée de base, sur laquelle je réfléchis et qui me paraît essentielle avant de construire la moindre analyse. Repérer qui est le narrateur du film, à travers le regard de quel personnage sont montrées toutes les séquences, à travers la conscience de qui sont filtrés tous les sentiments divers qui nous sont traduits à l'écran. Tâche d'autant plus rude que, depuis plusieurs films, le narrateur lynchien se double d'un "menteur" (qui se ment en premier lieu à lui-même). Etant donné la genèse du film, je me concentre pour le moment sur le personnage de Laura Dern (je devrais dire UN des personnages de Laura Dern) qui se confie en long plan fixe. Je ne pense pas qu'il faille voir en Nikki le personnage principal de ce film, comme il ne fallait pas voir en Betty le personnage principal de MD.

Autres pensées "flottantes" (et ce sentiment diffus n'est pas pour me déplaire), j'ai le sentiment que des "ombres planent" au-dessus de IE et qu'elles m'aideront à démêler les fils de l'intrigue plus tard : celle du film de Billy Wilder "Sunset Boulevard" et celle du roman de James Ellroy "Le Dahlia Noir".

Voilà pour l'instant. Il m'a fallu plusieurs visions de "Eraserhead" avant de "tomber amoureux" totalement de ce film et de le considérer comme mon "film tombeau" (autre façon de dire "film préféré" :-). J'ignore la façon dont IE va évoluer dans mon esprit, et j'aime cette ignorance. Je sais simplement que, quoi qu'il en soit, si je ne considère pas un jour ce film comme un chef d'oeuvre (car je peux peut-être évoluer là dessus aussi au fil du temps...), il est par contre évident qu'il s'agit d'un "objet d'étude" passionnant. Longue vie à Inland Empire.

Roland K.

De Boshi
12.02.2007 15:58
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N'étant pas assez courageux pour réécrire mon avis sur INLAND EMPIRE, et ne voulant pas poluer ou être hors sujet, je préfère laisser le lien vers mon blog >> http://boshi64.free.fr/?2007/02/12/132-man-in-trouble

Ce qui est bien en lisant ton avis, Roland, c'est qu'on se sent moins seul après le visionnage d'INLAND EMPIRE.

Merci à tous pour les tonnes d'infos archivées depuis longtemps sur ce forum !

De walrus9
14.02.2007 12:39
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pistes de réflexion....

Juste quelques pistes de réflexion autour du film foisonnant et passionnant (bravo à celui qui pourra rassembler le puzzle de ce Mulholland Drive²)

- à la fin du film, quand Laura Dern (Nikki?) pénètre dans la "rabbit room", le numéro de la pièce est le n°47 (comme le titre original "Vier-Sieben" du film inachevé dont "Blue tomorrows" est le remake).

- quand la "rabbit room" prend feu, ne serait-ce pas dû à la brûlure de cigarette, ce qui permet à un des lapins de sortir de la pièce ?

- le comportement de harry dean stanton pendant le tournage taxant acteurs et techniciens me paraît devoir être rapproché de celui d'un maquereau, ce qui permettrait de relier cette partie hollywoodienne au monde de la prostitution...

- en écoutant attentivement, le premier mot du film que prononce le speaker du disque vynil est "Axxon" présenté comme "la chanson qui a battu le record de longévité sur les ondes... Ce soir, toujours dans les régions blates, un jour gris d'hiver dans un vieil hôtel..." Ceci me laisse à penser que le personnage-pivot du film n'est pas Nikki mais la téléspectatrice polonaise du début, enfermé dans un hôtel.

- je pense que le fait que les deux femmes (la polonaise et Nikki) prennent un coup de tournevis dans le bas-ventre est à lier avec le thème de leur enfant mort...

Voilà pour ma modeste contribution...

De vento
14.02.2007 14:28
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le fantôme...

Il y a aussi ce personnage que l'on a nommé le fantôme qui semble manipuler les personnes de façon très aisé en hypnotisant(il provoqua une bagarre et la femme de Bobby dans le film en cours de réalisation disait qu'elle avait été manipulée par lui pour son futur meurtre)...serait-il un esprit?...son geste du doigt se répète à travers une femme dans une scène elle -même répétitive en Pologne,je ne sais pas si il avait pris possession de son corps...

De olivier
14.02.2007 16:42
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INLAND EMPIRE, énorme Empire de l'être, des silhouettes qui déterminent des mondes en filigrane, on n'est pas si loin d'une ontologie de la chair (ce bon vieux Merleau-Ponty). Pour ce qui est de démêler l'histoire je vous conseille vivement l'article de Stéphane DELORME dans les cahiers qui me semble de loin le meilleur sur le film. IE est pour moi un chef d'oeuvre, je l'avoue, véritablement en rupture avec MD contrairement à ce que certains peuvent dire. Même si le film est cauchemardesque, la fin du film est étrangement optimiste. Etrangement, je crois que c'est le mot qui convient pour Lynch.

J'ai une question très pragmatique: Lynch utilise une PD150. Il dit n'avoir pas retouché l'image qui lui convenait ainsi. Quels règlages a t il donc opéré sur la caméra? s'agit il uniquement d'un travail de l'éclairage? car il faut bien convenir que de nombreux plans, même flous, semblent très travaillés, au-delà même du cadrage.

oui, longue vie à INLAND EMPIRE.

De Boshi
14.02.2007 18:21
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Exact Olivier, la critique de Stéphane Delorme dans Les Cahiers Du Cinéma est excellente et donne vraiment envie d'aller revoir INLAND EMPIRE, vraiment bien !

De Revolte
14.02.2007 22:47
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J'ai revu hier pour la troisième fois IE.
Je suis quasiment certain maintenant que le véritable personnage est celle qui meurt sur Sunset Bld.
Mon interprétation actuelle serait que Sue est une femme marié avec un homme qui lorsqu'elle lui annonce qu'elle est enceinte pète les plombs car il ne peut pas en avoir, il la frappe, lui faisant perdre le foetus. Il part ensuite avec un cirque et elle ne le reverra plus. Elle se retrouve seul dans la maison et commence à perdre totalement pied et elle s'invente un monde autour d'elle.
Elle finit par voir un psy (l'homme à lunette) puis par se suicider sur Sunset Bld. ( Indices :Elle fait le geste de retourner le tournevis comme si elle allait se le planter dans le ventre et pour quelle raison se retrouverait elle avec un tournevis si ce n'est pour se tuer )
J'ajoute que c'est une fan du film polonais 47 où la mort de l'héroine principale auquel elle s'est identifié étant petite, l'a bouleversé. Elle s'imagine donc qu'elle est toujours vivante. ( On peut noter qu'elle se tue en se plantant un tournevis au même endroit que l'héroine ).C'est son fanatisme qui la pousse à imaginer être une actrice prise pour tourner dans le remake américain de ce film.
Toute la partie qui suit sa mort est le passage de son "âme", de la tempête à la tranquilité. Après être parti du studio, elle s'aperçoit que la polonaise l'observe. Elle décide de la rejoindre. Sur le chemin, elle se voit dans un écran de cinéma avant sa mort et au présent. Elle voit son psy et décide de le suivre et elle se retrouve dans un dédale de couloir qui finira par l'emmener juste devant la porte 47 ( titre du film polonais ). Avant de pouvoir rentrer, elle voit l'homme mystérieux que l'on a déjà aperçu 3 autres fois dans le film. La première fois, c'est dans le film 47 ou il frappe sa femme, la deuxième est toujours dans le film quand il la rencontre dans la rue et lui apprend la mort de son amant. La troisième ou il campe le personnage de Crimp avec une ampoule dans la bouche. (A noter que c'est lorsque les ampoules se mettent à trembler que Sue perd pied.)
Dans le dédale final, elle lui tire dessus, son visage s'éclairicit et devient le visage de Sue déformé, puis devient un monstre dégoulinant de sang dans la bouche. Je dirais qu'à ce moment-là, elle tue la partie d'elle qu'elle déteste ( celle qui a trompé son mari ) et peut donc aller rejoindre la polonaise et la libérer de sa mort pour qu'elle aille vivre la vie qu'elle (Sue ) aurait aimé vivre ( Un mari et un enfant ). Ce n'est pas pour rien que Sue voit le méchant du film 47 à la fin. Il a frappé son héroine, l'a peut être tué. Il représente donc à ses yeux le mal incarné.
La présence des putes viendrait du fait qu'elle même se prend pour une pute ( l'adultère et peut être même qu'elle couchait réellement avec des mecs pour un verre, comme elle le dit chez le psy ).
Je peux l'étendre mais je dois avouer que je n'ai pas le courage là tout de suite, je tiens seulement à rajouter que cette version m'est venue grâce à la différence de traitement qu'il y a entre la dernière scène ( très réaliste ) et tout le reste et parce qu'elle dit à l'homme à lunettes ( dans ma version, le psy ) qu'elle a passé une très mauvaise passe après la mort de son fils.

De Kalys
16.02.2007 18:03
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Bonjour,

Je suis nouvelle sur ce forum et, comme à chaque fois que je débarque sur un site consacré à Lynch, je me suis régalée à lire les débats qu'il suscitait. C'est réellement passionnant. Cependant, je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous. J'ai rédigé ce qui suit cet après-midi et je vais le poster sur mon blog, mais comme ce texte fait référence par des citations directes à des choses qui ont été dites ici, j'aimerais le recopier ici. Bien sûr, cela se destinait d'abord à un blog, donc un espace perso, et peut-être que du coup certaines choses sont dites un peu abruptement. Je m'en excuse sincèrement. Je voudrais simplement vous faire part de mes impressions.

*

Voir un film de David Lynch, c'est être submergé par un monde absurde, façonné d'échos et de reflets, tissé de réminiscences, de prémonitions et d'impressions. C'est comme accéder au coeur des choses, là où dorment toutes les histoires. C'est comme soulever un voile et contempler le ventre initial, où sont en gestation tous les possibles.
Je vois Lynch comme un médium. Quand il parle, il ne cesse d'agiter les doigts devant lui, comme s'ils attrapaient sans arrêt des idées. On dirait que quand il s'attelle à un nouveau film, il n'en sait pas plus que nous. Des idées passent, il les saisit, une à une, patiemment, jusqu'à ce qu'il découvre la cohérence de ces fragments. Comme si son cerveau était une espèce de radio branchée sur le monde, et que tout ce qu'il avait à faire, c'est écouter et retranscrire.
Et pourtant quel travail titanesque, que de recomposer le labyrinthe dans lequel se croisent et se répondent toutes les histoires! Que de patience et de concentration pour comprendre les connexions et les reproduire!

Pour toutes ces raisons, on ne peut s'attendre à un film dont la cohérance sauterait aux yeux au premier regard. Il ne peut pas y avoir de chronologie dans un film de Lynch, parce qu'il ne raconte pas une histoire, mais des histoires. Parce qu'il ne reconstitue pas des événements, mais un réseau. Ce que filme Lynch d'après moi, c'est la trame. Celle des Moires. Un film de Lynch est par conséquent fait d'infinis chemins et des carrefours où ils se croisent. Mais évidemment, il est très difficile d'appréhender ces noeuds, puisque nous n'avons pas la vision d'ensemble.

Je regrette cependant, quand je parcours les forums consacrés à Lynch, que ceux qui ont trouvé un début de solution à ses gigantesques puzzles soient aussi sûrs de leur fait. En voici deux exemples :
« contrairement à beaucoup de monde, je pense que les films de Lynch se comprennent et qu'il n'y a qu'un seul niveau de lecture. La preuve, l'interview de lynch dans les inrocks où il dit qu'il ne voit pas comment on pourrait faire un film sans le comprendre »
« Tout à fait d'accord les films de Lynch se comprennent et il n'y pas d'intérêt à opposer comprendre et sentir »
Je suis aussi persuadée que les films de Lynch se comprennent. C'est une évidence. Seulement, je doute qu'une seule explication soit possible, et je doute aussi que ses films ne se comprennent qu'en raisonnant. « Pas d'intérêt à opposer comprendre et sentir ». Bien sûr, mais la plupart du temps, j'ai compris ses films parce que je les ai ressentis! Je refuse de croire qu'il n'y a qu'un seul niveau de lecture, c'est une simplification reptilienne. Pour Mulholland Drive, aucune explication que j'ai lue ne m'a convaincue. Elles laissaient toutes des éléments de côté. Et surtout elles écartaient l'énorme part d'onirisme et d'intuition qui compose le film. Si les films de Lynch n'avaient qu'un seul niveau de lecture, je ne vois pas pourquoi il ne l'énoncerait pas lui-même clairement. Mais il n'évoque, en parlant de son travail, que des sensations : des intuitions, des émotions. Des idées.
Résultat, quand on lit attentivement ces forums, on se retrouve devant des films désossés. On n'a plus qu'un squelette savamment recomposé, avec quelques petites incohérences camouflées avec un peu de peau. Il ne reste plus de relief. Les admirateurs de Lynch réussissent à rationnaliser chaque seconde de ses films. Je trouve ça à la fois triste et sans intérêt.

Car il est évident que ce qui prime, ce qui est même à la base d'un film de Lynch, c'est l'émotion, le ressenti. Sans quoi, on ne pourrait pas sortir de la salle de cinéma et dire « j'ai aimé ». Personnellement, je n'ai jamais aimé d'autres films auxquels je n'avais rien compris, que ceux de Lynch. C'est bien qu'ils me parlent à un autre niveau.
Ainsi, je ne serai jamais d'accord, ne pourrai l'être, avec ceux qui voient la première partie de Mulholland Drive comme un rêve, et la deuxième comme la réalité. Malgré tous les arguments que se sont évertué à trouver les défenseurs de cette conception, il reste des zones d'ombres que cette explication n'éclaire pas. Et cette version des faits racle chaque parcelle de sublime contenue dans le film.
J'ai toujours l'impression d'aimer moins Lynch une fois que ses films ont été « compris ».

De Revolte
17.02.2007 06:37
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Kalys,
Je comprends tout à fait, que l'on puisse être déçu une fois qu'on a découvert qu'un film de Lynch est compréhensible. Personnellement, c'est le contraire. Le fait de ne rien comprendre au début ne me gêne pas pour l'apprécier par contre je ne peux l'aimer à sa juste valeur. Ce n'est qu'une fois que je l'ai compris que toutes ses connexions prennent formes dans ma tête. A ce moment-là, je me dit que nous sommes devant la perfection. Pour MD, il est à mes yeux évident que la 1ère partie est un rêve, je te renvoie à mon blog : http://www.dvdrama.com/blog/MASH/6754
Ensuite, dis moi où sont les zones d'ombres et on en parlera. A moins que tu n'aimes pas essayer de comprendre un Lynch, bien sur.

De Boshi
17.02.2007 10:42
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Sans me cacher derrière une solution de facilité, je suis du même avis que Kalys, "ce qui prime, ce qui est même à la base d'un film de Lynch, c'est l'émotion, le ressenti", un peu comme certaines émotions musicales, même si les paroles sont incompréhensibles de par la langue ou le sens, même si l'univers de l'artiste est obscur et sans "indice" pour le "quidam", cela n'empêche pas, bien au contraire, d'avoir l'impression d'être complètement sur la même longueur d'onde. En musique, Dominique A, Peter Von Poehl ou Tricky par exemple, en cinéma, Almodovar, Jarmusch ou Lynch, en peinture, Magritte, Lichtenstein ou Tanguy...

Il y a cette frontière, cette chose indéfinissable et fantasmatique, qui n'appartient qu'à l'artiste, un peu comme le charme d'une personne...

Mais la curiosité est l'apéritif de l'intelligence, donc, pourquoi ne pas cherchez tout de même à savoir...

De Revolte
17.02.2007 20:23
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Ce n'est pas parce qu'on cherche à comprendre un film de Lynch qu'on oublie toutes les émotions que ces films véhiculent. Bien sur que ce qui caractérise en premier lieu son travail est le ressenti propre à chacun de ses films. Cela dit, à mes yeux, ce qui fait qu'on peut revoir ses films une multitude de fois vient du fait qu'ils sont incompréhensibles et qu'au fur et à mesure le mystère se dissippe. A chaque nouvelle vision, son indice supplémentaire et le puzzle se construit. C'est tout simplement magnifique. D'ailleurs je pense qu'il est dommage de dissocier émotions et compréhensions car un film qui ne véhicule aucune émotion ne poussera jamais personne à essayer de le comprendre.

De Boshi
18.02.2007 12:20
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Du côté des "400 coups"...

Ce lien vers le petit forum du cinéma des "400 coups", à Angers. La critique de "mauderato" est bienvenue, même si je ne partage pas son avis, cela reste un point de vue qui se respecte, je trouve...

>> http://www.les400coups.org/forum/viewtopic.php?id=93

P.S. :Au fait, ne serait-il pas judicieux de publier un livre, condensé, sur les avis des spectateurs des films de Lynch ? Hein Roland ?

De Roland K.
18.02.2007 15:03
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Livre ?

Publier un recueil de commentaires de spectateurs ? Je ne sais pas... Les forums et blogs se prêtent bien à cet exercice, non ? Après, si les spectateurs en question se révèlent de très bons rédacteurs, on peut au minimum au départ envisager la publication en ligne d'article plus conséquents qu'un message dans le forum (même si, je l'ai déjà dit mais il est parfois bon de rappeler les bonnes choses, j'apprécie énormément le fait que les messages dans le forum Lynchland soient souvent assez longs et construits).

Roland K.

De Kalys
18.02.2007 16:36
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Révolte,

Je n'ai pas encore lu ton blog mais je voudrais d'ores et déjà te répondre, profitant du fait que c'est le week-end et que par conséquent j'en ai le temps ;-)
En fait je suis assez familière avec les théories qui voient en la première partie de MD un rêve, et avec leur argumentation, que je trouve pertinente. Néanmoins, je trouve qu'il reste certains éléments qui n'ont pas leur place dans un rêve, par exemple le clochard derrière le Winky, et surtout le fait qu'un personnage autre que Dianne (Dan je crois?) l'a vu en rêve et en a été terrorisé. Normalement, quand on rêve, on ne rêve pas de quelqu'un d'autre qui aurait rêvé. Je vois ce passage comme quelque chose de beaucoup plus abstrait. J'ai l'impression que le clochard est un de ces personnages-mystères de Lynch, de ceux qui en savent beaucoup plus, qui sont un peu comme des commentaires méta-discursifs. Dan meurt en le voyant parce qu'il a vu l'envers du décor, celui qui tire les ficelles en un sens. De même, l'explication par le rêve ne dévoile pas vraiment le rôle d'un personnage comme le cow-boy. Enfin et d'une manière générale, je trouve qu'il y a beaucoup trop de personnages, qu'on voit indépendemment de Betty, dans la première partie, pour qu'il s'agisse d'un rêve.
En fait ces quelques remarques ne contredisent pas vraiment ton avis : comme toi j'aime voir et revoir les films de Lynch pour les comprendre. Je ressens un plaisir infini à chaque fois qu'une nouvelle pièce se met en place. Mais je reste persuadée qu'il y a dans la résolution de ces puzzles une énorme part d'intuition et de subjectivité ; en tout cas, moi j'y tiens. Et c'est pour ça que les théories que je formule sur les histoires de Lynch restent les miennes, et que malgré tous les arguments que j'ai en leur faveur, je n'aime pas les considérer comme « les bonnes », pas plus que je n'adhère entièrement aux arguments, pourtant intéressants, développés par d'autres. C'est un peu trop... mathématique pour moi disons :-) et j'ai bien conscience que ce n'est pas forcément très intelligent de ma part.

Boshi, tu as parfaitement résumé mon avis. La première fois que j'ai vu MD, j'ai beaucoup pleuré, parce que le film avait, d'une manière ou d'une autre, touché quelque chose d'indicible en moi. C'est cela que je souhaite préserver.

PS: assez intéressante critique sur le forum des 400 coups, en effet. Peut-être un peu difficile à lire (parce qu'elle saute du coq à l'âne et qu'elle emploie des expressions compliquées dans des phrases un peu bancales.) J'y réfléchis :-)

De Revolte
18.02.2007 20:06
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Khalys, je respecte ta façon d'appréhender les films de Lynch. Je n'essaierais donc plus de te convaincre qu'ils sont compréhensibles. Cela dit, dans mon blog, tu auras une explication de Dan et du monstre. Et pour le cow boy, et le nombre important de personnages dans le rêve de Diane, je signale seulement que tout les personnages sont à la fête d'annonce de mariage de Camilla et Adam.
J'espère que t'es allé voir IE. Je serais heureux de pouvoir en parler avec toi.

De Boshi
18.02.2007 23:16
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Mulholland Empire Shut

Confrontant Mulholland Drive à INLAND EMPIRE, je repense à cet axe central du 1er qui est quand même cette rupture de couple et leur télescopage entre la jeune première arrivant à Hollywood et cette autre femme qui en resort par les buissons, cette blonde tant d'espoir et cette brune apeurée avec ses désillusions, tellement belle qu'elle n'est plus vraiment humaine, si j'ose dire, une star, cette apparence qui peut fondre comme neige au soleil, malheureusement.

Dans INLAND EMPIRE, c'est plutôt un adultère, une tromperie sous toutes les facettes possibles qui ont des conséquences "logiques" dans l'esprit de Lynch. Ici, c'est des images d'Eyes Wide Shut qui me reviennent, l'étude au scalpel de Kubrick sur ce couple, et toutes les conséquences qui en ressortent.

Mais si, parait-il, Lynch est surtout très amoureux de son actrice, Laura Dern, moi, simple spectateur, je reste fortement écorché vif par Laura Elena Harring. A la fin d'INLAND EMPIRE, on la revoit avec le même visage, traits pour traits, que dans Mulholland Drive... Mais les 2 films sont bien différents, même si les sensations se mélangent, à présent dans mon esprits...

Faut que je relance ma vieille k7 vidéo de Lost Highway, histoire de...

De Kalys
19.02.2007 17:15
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Hi hi, toi aussi Boshi tu as LH en cassette! C'est un mot qu'on n'entend plus beaucoup, de nos jours! Bon, désolée pour le bavardage. Je suis d'accord avec toi sur l'axe central de l'histoire d'amour malheureuse. Je l'ai aussi lu je ne sais plus où. Et tu as une façon assez admirable de l'écrire, je dois dire :-)

Revolte : c'est sûr, tu n'arriveras jamais à me convaincre ;-) Mais ça n'enlève en rien l'intérêt que je porte à notre débat. Finalement, je crois que notre désaccord est relativement superficiel. Et comme il m'offre un autre éclairage sur Lynch, très bien argumenté, il est forcément intéressant. Il ne s'agit pas pour moi d'être convaincue par tes propos, mais d'y être sensible et d'y réfléchir.
Sinon, j'ai lu ton blog et l'ai trouvé très intelligent, mais même si ton explication tient la route, comme je te le disais je trouve la démarche très étrange, même si on est dans un rêve je le trouve beaucoup trop construit. Il manque de symboles. Et même si Diane a vu tous ces gens à la soirée, cela ne la met pas en mesure de rêver d'eux indépendemment d'elle. Je ne peux imaginer que quelqu'un puisse rêver d'une scène à laquelle il n'assiste pas, notamment toutes celles qui concernent Adam.

Je comprend MD à un niveau plus abstrait. Je vois les deux parties comme les deux revers possibles et donc advenus d'une même histoire. Des personnages comme le cow-boy, le clochard ou encore les mafieux au téléphone sont comme des commentaires méta-discursifs. Ils sont des indices, comme des gens qui nous informeraient des choix narratologiques. Selon les choix, l'histoire pourrait ressembler ou à la première ou à la deuxième partie. Les deux co-existent parce que Lynch commente sans arrêt son oeuvre. Il n'écrit pas des histoires, il montre comment on raconte une histoire.

Mmh, en me relisant je me rends compte que mon texte manque de clarté :-)

Ah oui et bien sûr j'ai été voir IE, c'est même pour ça que j'ai débarqué sur ce forum, en fait!

De Revolte
19.02.2007 21:19
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Khalys,
Il est marrant de s'apercevoir que je suis aussi accroché à mon interprétation de MD que toi dans ta volonté de ne rien vouloir y comprendre pour pouvoir garder intact tes premières sensations.
Je pense que c'est là où Lynch est fort et où le sensoriel prend le dessus sur une quelconque intellectualisation. Quelque soit notre démarche après le film, un truc est sur c'est qu'il nous a assez tapé dans l'oeil pour qu'on ait envie d'en discuter pendant des heures après la projection.
J'aurais deux questions à te poser :
Quand tu regardes une deuxième fois un Lynch, est-il mieux ou moins bien?
Est-ce que pendant le film t'essaie d'y comprendre quelque chose?

De Roland K.
19.02.2007 23:01
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Il est peut-être nécessaire de recadrer dans ce sujet la discussion sur IE (il y a dans le forum des sujets appropriés pour MD, même si cet échange est intéressant en soi).

J'ai écouté hier "Le Masque et la Plume", qui cristallise beaucoup de mes agacements actuels en matière de "traitement critique" de DL. J'ai en horreur un certain snobisme qui consiste à balayer la "compréhension des films de DL" et à reléguer ça dans le carton des détails-jouets tout justes bons à amuser les "fans purs et durs" (quand les critiques parlent de "cette communauté", on sent qu'on n'est pas loin de l'asile, quand même...) Il me semble effectivement plus aisé de snober l'aspect compréhension pour se concentrer sur le "ressenti" (après tout, un critique lambda n'a pas plus de temps à consacrer à IE qu'à un autre film, et c'est surtout là où le bât blesse, puisque si IE a besoin de quelque chose, outre l'investissement du spectateur, c'est bien de TEMPS.)

Je suis aussi agacé par les prises de position extrêmes que j'ai pu lire ou entendre ici et là. L'article de Didier Péron dans Libé, que j'apprécie beaucoup d'ordinaire, me semble là aussi représentatif. Il a visiblement adoré (le mot est faible) le film, mais il n'en parle finalement pas, il entasse simplement des métaphores, certes très belles et finement construites, très poétiques même, mais... Dans un autre registre, ceux qui parlent de nanar sans s'étendre davantage me laissent aussi rêveur. Que ce soit en matière de cinéma comme du reste, je pense que la modération est un maître-mot (non non, je ne me suis pas mis à la T.M. de mon côté, je vous rassure !)

OK pour les "interprétations" donc (au sens d'interprétation d'une oeuvre musicale). J'en lis à droite et à gauche. J'extrais certaines bribes intéressantes comme de petites briquettes pour me forger la mienne. Avec en arrière-plan cette pensée : dans MD, nous avons tous compris pour quelle raison DL"déconstruisait" son scénario par rapport à la psychologie de son personnage Diane. Si le seul but de IE était de reconstruire le puzzle, cela n'aurait pas le moindre intérêt, c'est évident. Ce qui m'intéresse est donc de comprendre quelle est la "conscience" (ou l'inconscient, d'ailleurs) qui préside à ce bouleversement narratif, pourquoi cette histoire ne peut-elle pas être racontée de manière linéaire.

"Note en bas de page" : j'ai envie de revoir "La Double Vie de Véronique" de K. Kieslowski...

Roland K.

De Kalys
21.02.2007 17:52
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Bon, le problème c'est que maintenant que le débat a commencé ici, comment le finir ailleurs? Personne ne va jamais lire ma réponse si je la déplace dans un autre sujet... J'essaierai alors de faire vite, et je passerai à IE pour recentrer le sujet.

Juste pour te dire, Révolte : les interprétations que j'ai fournies à propos de MD prouvent que j'ai essayé de le comprendre, non? Je me refuse simplement à toute explication définitive. Cela ne veut pas dire non plus que mon cerveau soit inexistant ;-)
Un film de Lynch n'est ni mieux ni moins bien à la deuxième vision, il est simplement différent, parce qu'il n'y a plus le choc de la première fois. Evidemment, quand j'ai vu IE, comme tous les autres Lynch, j'étais concentrée tout du long pour essayer de comprendre. Si je ne comprends pas du tout un film et que ça ne m'intéresse pas de le faire, c'est que le film est nul (selon mes critères bien sûr.)

IE donc. Je suis certaine que quand tout le monde aura élaboré son explication, je ne serai pas d'accord avec :-) En tout cas, moi j'y ai vu une histoire d'amour malheureuse, qui se renouvelle dans plusieurs vies. J'y ai vu un parcours de la mémoire dans ces différentes vies, peut-être parce que le souvenir, enfin, arrêterait le cycle. Pour moi c'est une histoire assez habituelle chez Lynch : l'amour, la trahison ou du moins une certaine brutalité, la mémoire. Maintenant, je ne l'ai vu qu'une fois et mes souvenirs sont assez imprécis...

De revolte
21.02.2007 19:36
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Kalys, tu dis que ton cerveau n'est pas inexistant. J'espère que tu n'as pas mal interprété mes propos précédents. En disant que tu ne voulais pas comprendre, en aucun cas, c'était une insulte. Juste une façon de penser.
Pour IE, j'ai l'impression que c'est une histoire qui se répète suivant le personnage que tu décides de suivre, la polonaise, Nikki et Sue. Trois histoires imbriquées les unes aux autres imposant trois réalités et trois délires différents. Si c'est ça, c'est tout bonnement incroyable.

De Angrom
22.02.2007 08:04
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Voilà quelques impressions après un premier visionnage, extraites de mon blog --> www.stup.org/blogs/angrom

INLAND EMPIRE, ces deux mots accolés faisaient battre la chamade aux fans de Lynch (dont je suis) depuis plusieurs mois. L’abandon de la pellicule au profit de la DV par Lynch m’avait rendu sceptique au plus au point, le fait que bien des fans de Lynch aient trouvé le film comme « trop barré » également, un seule chose restait à faire : abandonner mes préjugés et aller forger mon avis en salle.

Deux heures cinquante plus tard, le constat est évident : INLAND EMPIRE est un objet cinématographique déroutant, une expérience éprouvante, mais néanmoins très intéressante. On ressort du cinéma tchamboulé par ce que l’on vient de voir, avec l’impression de se retrouver face à un énorme puzzle au nombre de pièces imposant et d’avoir passé deux heures à essayer de reconstituer des bribes du tableau final, sans pour autant y parvenir.

D’un point de vue de la forme, mes craintes sur la DV ont été vite dissipées. Il est vrai que la définition des images est un peu limite sur les plans larges et les plans très lumineux, mais elle reste très correcte sur les gros plans, et les plans sombres, le grain créé par le numérique donnant même une personnalité assez plaisante à l’image. En contrepartie les caméras numériques permettent d’entrer en connivence avec les acteurs de manière beaucoup plus intime, de les filmer au plus près et c’est là un des poins forts du film, qui offre au spectateur un partage quasi-intégral des émotions de son actrice principale. Si l’image peut paraître parfois « cheap », le son est lui tout à fait soigné et à l’instar de Mullholland Drive ou de Lost Highway on a le droit à quelques moments sonores d’anthologie.

Parler du fond est une chose difficile après un seul visionnage. On ressort du film avec des images marquantes plein la tête, mais impossible d’en tirer autre chose que des impressions brutes au premier visionnage. Passé trois quarts d’heure assez linéaires et construits, mais où plane quand même la bizarrerie Lynchéenne, on sombre pendant plus de deux heures dans un film complètement déstructuré, déconstruit, où les destins des uns et des autres s’entrecroisent, entre la Pologne et Hollywood, entre le rêve, le film et la réalité, entre hier, aujourd’hui et demain. On croit par moments saisir une des clés qui permettra de comprendre ou de se raccrocher à un fragment d’histoire, mais c’est pour être de plus belle induit dans la direction opposée à la scène suivante. Onirique et oppressant, voilà comment on pourrait décrire INLAND EMPIRE, car la première vision donne l’impression de vivre une sorte de cauchemar éveillé (sans toutefois être totalement terrifiante).

La prestation de Laura Dern est en tous points remarquable et l’une des actrices fétiches de Lynch tient probablement là un de ses plus grands rôles. Comme je le disais plus haut, la proximité entre l’actrice et la caméra numérique font qu’il est impossible de ne pas s’impliquer dans le film et de ressentir les émotions de Nikki/Sue. Les autres acteurs sont également fort bons, mention spéciale à Justin Theroux, qui retrouve Lynch pour la seconde fois consécutive.

Bref, seulement une journée que le film me trotte dans la tête, et j’ai déjà envie de le revoir. Bien que je me doute que comme dans tous les films de Lynch, il sera impossible de trouver une explication cartésienne intégrale, l’envie me prend d’aller le revoir, histoire d’arriver à assembler quelques pièces de plus qu’à la première vision. Un des grands moments de cinéma de cette année, à coup sûr.

De Kalys
24.02.2007 15:52
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Oui, je suis d'accord avec la plupart de vos commentaires. Mon copain, après y avoir bien réfléchi, n'a pas aimé le film, et je crois que ses raisons seront les mêmes qui rendront le film très facile à attaquer, parce qu'il est effectivement très long, très prise de tête... Je pense que ces traits ne passeront pour des qualités que pour un très petit nombre de personnes, parce que, je ne sais pas, elles sont "en connexion" avec l'univers de Lynch. Pour les autres, que ce soit parce qu'ils n'aiment pas ce type de cinéma ou parce qu'ils n'évoluent pas sur la même planète que Lynch, le film sera aisément criticable, et c'est sa faiblesse, à mon avis.

Revolte : non, je ne suis pas du tout vexée, ne t'inquiète pas :-)

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