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Objectif Cinéma : Forum > Livres & Presse > Formes de l'insaisissable - le cinéma de Maurice Pialat
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De La Rédaction
15.10.2004 01:17
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LIVRE

Formes de l'insaisissable - le cinéma de Maurice Pialat
De Rémi Fontanel avec une préface d'André Gardies.


Rémi Fontanel est enseignant en Etudes Cinématographiques et Audiovisuelles au sein du Département ASIE (Arts de la Scène, de l'Image et de l'Ecran) de l'Université Lumière Lyon 2. Auteur de plusieurs articles et entretiens sur le cinéma, Rémi Fontanel est membre du comité de rédaction de la revue Cadrage et rédacteur en chef du site Internet dédié au cinéma de Maurice Pialat http://www.maurice-pialat.net

SUJET : « Chaque film de Maurice Pialat se refuse à nous (non pas dans son apparence mais bien dans sa substance même); ou du moins il prend la forme d'un rejet pour quiconque ne parviendrait pas à saisir l'immense champs du possible qui existe derrière l'immédiate dureté et la brutale indélicatesse de certaines scènes qui ne cessent de se dérober, de fuir au fil de la pellicule, au fur et à mesure que l'histoire se déroule sous nos yeux.

Rien n'est jamais vraiment acquis chez Pialat qui pratiquait volontiers l'art du déplacement, de la déroute, de la sortie de route narratives, quitte à prendre le risque d'empêcher à son spectateur d'aller au plus pressé et de saisir par conséquent et trop confortablement les secrets d'une oeuvre torturée, malmenée parce que refoulée et inlassablement abandonnée par son créateur.

Tout doit se mériter chez Pialat alors même que l'esthétique de ce cinéma appelle à une grande forme de simplicité dans la quête difficile de la vie telle qu'elle est, c'est à dire sans artifice ni tabou quels qu'ils soient. »


A PROPOS DU LIVRE

Propos recueillis pour le site Cadrage par Corinne Vuillaume (Dépêche du Midi).

Cadrage: Comment est née cette idée d’un livre sur le cinéma de Pialat ?

Rémi Fontanel : Plusieurs éléments m’ont permis d’envisager ce livre.
Tout d’abord, j’ai été assez séduit par l’écriture et le projet de Youssef Ishaghpour (Formes de l’impermanence - le style de Yasujiro Ozu -1) ; j’avoue devoir beaucoup à cet ouvrage, à ce travail qui m’ont fortement inspiré tant dans la forme que dans la façon dont cet auteur a abordé le cinéma de Yasujiro Ozu.

Evidemment mon étude sur le cinéma de Maurice Pialat n’a aucun lien avec celle de Ishaghpour mais il faut dire que cette lecture m’a vraiment propulsé et engagé concrètement dans ce livre sur Pialat.

Ensuite, deuxième élément, je me souviens d’une conversation que j’avais eu avec une collègue et qui m’avait avoué qu’elle avait beaucoup aimé Sous le soleil de Satan parce qu’il lui semblait que Pialat avait justement tout fait pour qu’elle ne l’aime pas…j’ai toujours été interpellé par cette forme de rejet immédiat qu’on peut ressentir vis-à-vis de ce cinéma qui ne cherche par à vous séduire, à vous amadouer trop facilement ; cette dureté, ce refus de la concession, cette volonté de toujours vouloir « éloigner » le spectateur pour mieux le récupérer plus tard, sont des idées qui m’ont toujours séduites chez Pialat.

J’aime ce cinéma parce qu’il n’est pas envisagé dans la volonté de montrer ce qu’attend le spectateur…Van Gogh fut une révélation pour moi aussi et surtout parce que le cinéaste aura choisit de filmer la vie d’un peintre et non son œuvre comme on aurait pu l’imaginer ou l’attendre.

Pour finir, aucune étude n’existe vraiment sur ce cinéma. Il existe le très beau livre de Joël Magny, une monographie publiée aux éditions de l’Etoile et des Cahiers du cinéma, mais, à part ça, rien d’autre. Deux ou trois livres spécifiques sur le film A nos amours et un collectif très intéressant ont été écrits mais aucune étude réelle sur la longueur alors même que Maurice Pialat fut considéré comme l’un des cinéastes français les plus importants et que de nombreux articles ont été écrits (et ce dès le début, dès L’Enfance nue) sur son œuvre. Je voulais vraiment tenter d’analyser ce cinéma sous un angle nouveau, insolite peut-être…dans une démarche globale et transversale (plus forcément thématique comme ce fut trop souvent le cas).

Cadrage : Justement, quelle optique avez-vous choisie ?

Rémi Fontanel : Je suis parti de cette idée « d’insaisissable » qui à mon sens révèle encore une fois le rapport que peut entretenir un spectateur et un film de Pialat.

Le cinéma de Pialat est saisissant car justement, il est difficile à saisir parce qu’il développe et assume surtout des formes diverses relevant de à mon sens de « l’insaisissable ».

Cadrage : Alors quels types de formes axées sur « l’insaisissable » sont développées dans votre étude ?

Rémi Fontanel : Tout d’abord, il faut noter que Pialat (comme d’autres cinéastes) n’appartenait à aucune famille propre dite. Il ne faisait pas partie de la « Nouvelle Vague » et semblait être un « électron libre » dans le paysage du cinéma français…la seule famille qui pouvait être la sienne était sans doute celle composée de gens comme lui ; à savoir Jacques Rozier, Jean Eustache ; tous, avaient cette liberté qui leur était chère mais tous semblaient avoir un lien très fort avec les frères Lumière. Ainsi, Pialat avait cette obsession de la vérité, de sa quête…l’insaisissable prend donc racine dans un refus profond lié certainement à la résistance vis-à-vis de ce qui pouvait faire trop « cinéma », trop « cinoche » comme il le disait lui-même…Pialat traquait la vie dans ce qu’elle avait de plus beau mais aussi de plus cruel en tentant d’éviter les artifices du cinéma.

Mais les formes de l’insaisissable sont à chercher aussi, non plus seulement dans une démarche ou une posture face au réel mais bien dans le cœur de la narration.
« L’évidence », telle qu’elle nommé dans la première partie de mon livre est une manière de percevoir un cinéma sans cause, sans explication ou les liens de cause à effet dans le récit sont volontairement absentés. Cette première partie repose il est vrai, beaucoup sur les écrits de Jacques Aumont, lui qui a très bien décrit un cinéma où les origines des actes, des situations, des actions sont oubliées au profit de leur(s) conséquences()…on semble arriver toujours trop tard chez Pialat…les choses ont comme l’air de s’être jouées bien avant, bien avant qu’on nous les montre…ainsi, l’insaisissable relève aussi de cette décision de la part du cinéaste de ne pas s’étendre sur les causes, de ne pas aider le spectateur à trouver une voie trop facile au sein du récit…la liberté d’interprétation (si « interprétation » il doit y avoir) est grande dans ce cinéma, comme elle l’est d’ailleurs chez beaucoup d’autres…

« L’interférence », telle qu’elle est également qualifiée est une expression qui veut désigner la force d’un cinéaste qui refusait les choses figées ; on le voit bien dans un documentaire consacré à Police [in les bonus du DVD, ndlr] que Pialat aimait l’imprévisible et s’en servait ; la méthode Pialat se fondait surtout sur le besoin de filmer « tout » sauf ce qui était prévu…quand Bergala écrivit que Pialat aimait comme Renoir mais à sa manière, aimait ilmer le côté du bouquet là où il n’avait pas été préparé, il avait en somme tout résumé de cette méthode singulière…narration perméable, ouverte : Pialat cherchait à filmer ce qui pouvait venir transgresser, transcender les moments préparés, trop figés, trop faciles, trop dociles…il cherchait le risque à travers la quête magique et magnifique du réel en acceptant très bien aussi que le film puisse devenir le « documentaire » de son propre tournage…

« La présence » est cette troisième et dernière forme qui prend vie dans une partie consacrée notamment à l’art du surgissement ; le père qui revient à la fin d’A nos amours est un bel exemple (très représentatif) de « surgissement » ; chaque film semble se construire sur les apparitions et les disparitions des corps au sein du cadre mais au sein du récit tout entier…

Cadrage : La question du « surgissement » semble très importante dans ce cinéma…on le constate dans la façon dont vous l’avez aborder…cette question tient un place assez importante…toute la troisième partie pour ainsi dire…

Rémi Fontanel : Il est vrai que l’apparition d’un corps dans l’espace est une question importante dans la manière dont la narration fonctionne chez Pialat.

Comme dans le cinéma japonais, le corps qui s’introduit dans un lieu et qui s’enfuit ou en est exclu peut devenir la source même du récit et la colonne vertébrale même du dispositif narratif…seulement, la force de Pialat c’est de faire de ce surgissement, un élément fondateur dans la manière dont les relations humaines seront traitées, peintes…chez lui, s’introduire et ou être introduit physiquement (cf. L’Enfance nue) de force dans une famille, veut dire aussi lutter contre une catégorie sociale bien définie…chez Pialat lorsqu’on rentre dans un lieu, on rentre aussi dans un espace social marqué, à combattre ou à apprivoiser…

Cadrage : Dans la seconde partie de votre ouvrage, vous abordez la question des « traces subjectives »…telles que vous les nommez…

Rémi Fontanel : Cela paraît idiot ou naïf de dire cela, mais comme souvent chez les grands auteurs, la vie privée déteint sur la ou les créations…chez Pialat, sa vie privée aura sans cesse motivée ses écrits, ses scénarios…y compris pour Van Gogh qui raconte les derniers jours du peintre mais qui est aussi un film sur l’amour que Pialat avait pour la peinture…il fut peintre avant d’être le cinéaste que l’on connaît mieux…
Le Garçu reste probablement le film qui contient le plus de références personnelles, de traces subjectives, comme je les nomme…plus que des traces, il s’agit bien de mélanger les éléments pour que la vie enfin puisse venir prendre le pas sur le cinéma…ce que Pialat au cherché peut-être toute sa vie ?

Antoine dans le film ne sait plus s’il doit appeler Géraldine Sophie ou Sylvie…on sent sa maman derrière la caméra…c’est assez extraordinaire de faire un film en acceptant et en assumant avec une telle force, les aléas du tournage, le naturel de la vie d’un garçon qu’on ne sent ni manipulé, ni dirigé…c’est le film, le cinéma qui se soumettent à la vie et non l’inverse…ce film, le dernier, est probablement la réussite exceptionnelle d’une quête qui jalonna toute une vie, toute une œuvre…une quête tournée vers un cinéma libre, libéré du poids du tournage où « l’interférence », telle que je la nomme aussi dans la seconde partie, a un rôle important à jouer dans le processus de création.

Cadrage : C’est aussi en cela que ce cinéma relève de l’insaisissable ? A savoir qu’il ne veut pas se soumettre à une quelconque forme de…

Rémi Fontanel : Maurice Pialat cherchait à filmer ce qu’il y avait « à côté »…il voulait ou attendait le moment imprévu…il cherchait le déplacement, le pas de côté ; il filmait « contre »…il résistait sans cesse pour ne pas donner l’impression que son film allait être « comme ci » ou « comme ça »…
Comme l’a très bien écrit Saad Chakali2 pour le site dédié à Pialat, lorsque Pialat réalise L’Enfance nue, il le fait contre Les 400 coups de Truffaut ; lorsqu’il réalise Nous ne vieillirons pas ensemble, il le fait contre Le Mépris de Jean-Luc Godard ; lorsqu’il réalise Police, il le fait contre Détective du même Godard…A nos amours contre La Boum ou Diabolo menthe, etc.

Maurice Pialat résistait…il résistait au personnage, au scénario, etc. Les Formes de la résistance3 que je viens d’écrire pour la revue Hors-champ met en avant avec plus de précision cette forme de résistance qui lui permet au final de créer et de sortir les films qui auront été faits non pas pour mais contre quelque chose, contre quelqu’un, contre une idée ou un système, contre lui-même aussi peut-être…en tous les cas contre le cinéma tout entier…

Cadrage : Pourquoi cette dernière partie très théorique, très « universitaire » autour de l’espace… ?

Rémi Fontanel : Parce que l’espace chez Pialat, les intérieurs notamment, sont au cœur du dispositif filmique et contribuent fortement, dans la manière dont ils sont investis et désinvestis aussi, à la mise en place d’un « système narratif » précis…

Aussi probablement parce qu’il me semblait important qu’enfin, une approche théorique soit proposée sur un cinéma qui n’a suscité pour le moment que des écrits critiques ou esthétiques. Peut-être cette partie détonne t-elle trop par rapport au reste ? Toujours est-il que cette approche théorique permet, il me semble, d’envisager l’espace comme une élément narratif à part entière, singulier aussi dans la façon dont il est considéré par le réalisateur.

Cadrage : Pourquoi ne pas avoir travaillé sur la série La Maison des bois ?

Rémi Fontanel : Probablement parce que cette série réalisée pour la télévision (l’O.R.T.F à l’époque) mériterait d’être abordée séparément ; il est vrai qu’on ne se pose pas ou moins la question avec les autres cinéastes (Orson Welles, Jorge Furtado, etc.) qui ont aussi travaillé pour la télévision…avec Pialat, on peut en effet se poser la question de savoir dans quelle mesure La Maison des bois, ne peut pas être envisagée comme le « vrai » second film du réalisateur…mais aborder La Maison des bois, cela aurait voulu dire aussi pour moi aborder les autres films de Pialat et notamment tous ses courts-métrages…j’ai décidé en fait de n’aborder que ses films réalisés pour le cinéma ; mais je compte bien écrire prochainement aussi sur La Maison des bois…et sur les autres films du cinéaste (ses courts-métrages également plus accessibles quand ils seront édités dans le second coffret DVD très attendu).

Cadrage : Quels types de recherches avez-vous faites pour ce livre ?

Rémi Fontanel : En matière d’écrits et de documents divers (vidéos, etc.), je pense pouvoir dire sans trop me tromper que tout a été référencé sur le site Pialat dont j’ai la charge …le travail est immense et précis car le site en question contient absolument tout (à quelques rares exceptions près dont quelques revues non citées qui ne m’intéressent pas en tant qu’universitaire)… ces recherches étaient donc déjà réalisées lorsque j’ai commencé ce livre qui reprend quelques éléments d’une thèse de Doctorat que j’ai soutenu en 2000 mais qui s’éloigne en grande partie de ce premier projet.


Cadrage : Qu’en est-il justement du site Web dédié au cinéma de Maurice Pialat ?

Rémi Fontanel : Le site que j’administre [http://www.maurice-pialat.net, ndlr] a rencontré un énorme succès dès sont début, dès son démarrage, dès sa mise en ligne…les taux de fréquentation ne baissent pas…cela est dû à l’intérêt que suscite un tel cinéma mais aussi au travail qu’effectue toute l’équipe.

Chaque mois, des articles inédits et des reprises sont proposés et cela fait six mois que ça dure à travers divers projets émanant de critiques, de journalistes, de chercheurs, de doctorants, de cinéastes…les personnes sollicitées n’hésitent pas à jouer le jeu des interviews…on espère pouvoir prochainement inviter Nathalie Baye (La Gueule ouverte)…

De plus, on constate que ce site suscite de l’intérêt dans la mesure où nous sommes toujours bien accueilli par nos partenaires qui n’hésitent pas à s’impliquer…Gaumont mais aussi l’Institut Lumière à Lyon qui offrira plusieurs catalogue des peintures du cinéaste grâce à un jeu-concours que nous proposerons en Novembre prochain.


Titre : Formes de l’insaisissable – le cinéma de Maurice Pialat
Editeur : Aléas éditeur, sept. 2004
Auteur : Rémi Fontanel
Numéro ISBN : 2-84301-098-5
Dimensions : 15 cm x 21 cm
Format : Broché - 168 pages
Langue : Français
Prix : 16 Euros

Mail : http://www.maurice-pialat.net
Contact : remi.fontanel@maurice-pialat.net

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